Aux portes de l’Asie

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Ça y est, j’ai finalement quitté l’Europe ! Après 6 mois passés sur le vieux continent, dont plus de la moitié en Grèce je suis arrivé aux portes de l’Asie !

Ce dernier mois de voyage européen a encore été chargé en aventure. Fin février je quitte Athènes en direction du nord de la Grèce. Je croise encore sur ma route des gens d’une générosité sans limite. Je m’arrête auprès d’une habitante pour demander de l’eau. Après avoir rempli ma bouteille elle me demande si j’ai à manger mais sans même attendre ma réponse elle rentre chez elle et revient 2 minutes plus tard avec un sac plein à craquer de vivres : pommes, bananes, fromage (féta bien sûr ! ), jus de fruits, pâte, confiture maison, ratatouille et oeufs frais de ses propres poules! Je ne sais pas comment la remercier, d’autant qu’elle me conseille le spot parfait pour la nuit, au sommet d’une falaise bordant la mer et face au mont Olympe, grandiose !

Quelques jours plus tard j’arrive à Thessalonique, Iraklis de Warmshower, m’accueille chez lui. La ville n’est pas très belle, immeubles de 8-9 étages des années 70, sans charme. Iraklis occupe l’un d’eux et de son balcon au dernier étage on a une vue imprenable sur la ville et son port. Magnifique au coucher de soleil ! Un bâtiment qui a attiré mon attention au milieu de cette ville un peu fade, la rotonde, construit au 4e siècle, elle se présente comme une grande pièce circulaire de 25m de diamètre et 30m de haut avec des murs de 6m d’épaisseur ! Au cours de son histoire elle a servit plusieurs religions : dieux grecs antiques, chrétienté, islam puis de nouveau orthodoxe ! Pourquoi pas, c’est mieux que de tout détruire avant de reconstruire !

Après ça j’ai pris la direction du mont Athos. Drôle d’endroit que cette république monastique semi-autonome qu’est le mont Athos. Partiellement indépendante de la Grèce, ce lieu est régit par 20 monastères orthodoxes avec ses propres règles. La plus surprenante est probablement l’interdiction aux femmes d’y accéder. La péninsule étant dédiée à la vénération de la vierge Marie c’est la seule femme admise ici. Bien sûr la raison secondaire c’est pour éviter aux moines d’être tenter de rompre leur vœux de chasteté.

L’endroit n’étant pas totalement sous l’autorité grecque, j’ai dû demander une autorisation pour m’y rendre. Le diamonitirion, sorte de visa m’a été remis m’autorisant de séjourner 4 jours sur place.

Bien qu’étant relié au continent par la terre, ce lieu n’est accessible aux pèlerins qu’en bateau. J’ai donc laissé Zephyros à Ouranoupoli, dernière ville purement grecque et j’ai embarqué pour Dafni, port principal du mont Athos. Sur le bateau je découvre que je suis l’un des rares à être plus voyageur que pèlerin, la plupart sont de fervents orthodoxes originaires de Grèce, d’Europe de l’est ou de Russie. Sacrée plongée dans un univers qui m’est complètement inconnu !

Tant de choses à dire sur ces quelques jours passés à l’écart du monde moderne. Le lieu est magnifique, très escarpé, son sommet en bord de mer culmine à 2030m, d’immenses forêts recouvrent la péninsule. Les monastères sont majestueux. Ce sont de véritables châteaux forts pour certains plus que millénaire. Même sans être croyant, le lieu invite à la méditation. J’ai pu découvrir 3 monastères différents et suivre la vie monacale. Les matines commencent tôt, très tôt même, entre 2h et 4h du matin et durent environ 4h! L’électricité n’est pas autorisée dans les églises, on s’éclaire donc à la bougie. Tout est très ordonné et je ne sais pas toujours ce que je suis autorisé à faire en tant que non-orthodoxe. Par exemple les églises sont divisées en plusieurs pièces et seuls les orthodoxes baptisés sont admis dans la nef principale. Les repas sont aussi ritualisés, ils commencent quand l’un des moines entame la lecture de l’Évangile et s’arrêtent à l’instant où celui-ci termine la lecture. Autant dire que les repas ne traînent pas ! À la fin du repas tout le monde se lève, les moines sortent en commençant par l’higoumène, le moine supérieur puis seulement c’est au tour des pèlerins.

J’ai vraiment aimé la découverte de ce lieu improbable, géographiquement pas tant éloigné de chez moi mais tellement loin de ma culture. La seule chose que j’ai trouvé dommage c’est le manque d’ouverture d’esprit de certains moines et pèlerins orthodoxes. Pour une partie je n’avais même pas ma place ici. D’autres m’ont parlé de l’oecuménisme comme la plus grande hérésie. C’est dommage, ce lieu consacré à la spiritualité pourrait œuvrer à la paix entre les peuples mais à l’inverse on a l’impression que certains cherchent en permanence à raviver d’anciens conflits religieux.

Quelques jours après être revenu au monde laïc, j’ai retrouvé Dylan, Auriane et Philippe que j’avais rencontré à Athènes. Dylan et Auriane ont aussi changé de vélo à Athènes et sont également en direction de l’Asie. Philippe, un ami à eux les a rejoint pour quelques semaines. C’est avec eux que j’ai roulé jusqu’à Istanbul et c’était encore un chouette morceau voyage en leur compagnie ! Dès le premier soir, ils ont changé mes habitudes, avant d’aller faire des courses au supermarché on commence par regarder ce qu’ils cachent dans leurs poubelles ! Et dans celle de Lidl, bonne pioche ! Des surgelés qui périment ce mois et encore congelés ! Du coup au menu le soir, boulette au fromage et au bacon et marinade de la mer, le tout cuit au feu de bois sur la plage !

On tombe ensuite sur des sources d’eau chaude, très très appréciable après plusieurs jours sans douche ! L’endroit a passé sa période faste, plusieurs résidences de vacances sont en ruine. Le temps étant menaçant, on trouve refuge dans l’un d’eux pour la nuit. On profite même de la cheminée !

Les jours suivants seront difficiles, un peu de pluie et beaucoup de vent de face. Un pont qu’on devait traverser n’est en fait qu’un passage à gué, impossible à franchir à vélo avec la pluie des derniers jours. Obligé d’emprunter un chemin boueux, le vélo ne roule plus, la boue s’est coincé entre les garde-boues et les roues, merci les garde-boues ! La nuit, le vent s’intensifie encore et menace de faire envoler la tente. Au petit matin on repart sur le même chemin sans même prendre le temps de petit déjeuner, le vent ne faiblit pas et on avance difficilement à 8 km/h mais c’est dans les pires moments que le voyage sait le mieux nous surprendre. En arrivant frigorifiés au premier village, on se retrouve au milieu des festivités locales ! Dernier jour avant le début du carême, c’est l’occasion de faire le fête ! On est accueilli comme des rois, ça fait vraiment chaud au cœur ! Thé brûlant et repas traditionnel ! Quelques pas de danse pour les plus motivés, un verre de vin et on reprend la route. Merci !

On croisera encore des sources chaudes avant de finalement quitter la Grèce et d’entrer en Turquie pour un nouveau voyage.

La frontière tout juste passée on s’arrête à la première ville pour retirer de l’argent, alors qu’on s’apprête à repartir, on est invité à l’intérieur de la banque pour prendre le thé ! Ce sera notre premier thé turc mais loin d’être le dernier ! Toute rencontre ici est prétexte à prendre un çay ! Le soir même on se retrouve à passer la soirée avec les pompistes en face de notre campement. Cette fois ils nous offrent non seulement le thé, mais aussi un repas complet et une douche chaude ! Les Grecs étaient accueillant mais les Turcs le sont à un tout autre niveau ! Au point qu’il nous faut même refuser certaines invitations si l’on veut rouler un peu ! Le 2e soir c’est dans la grange d’un paysan que nous passeront la nuit. Non seulement il nous autorise sans souci à dormir ici mais encore une fois nous offre à manger et à boire (des bières cette fois :p ).

La seule vraie mauvaise rencontre se fera en approchant d’Istanbul, alors qu’on compte se poser sur la plage à côté d’un bar fermé pour l’hiver, le voisin vient nous voir. Mais cette fois-ci ce ne sera pas pour nous saluer ou encore moins pour nous offrir un çay, non, il est le propriétaire du bar et pour dormir ici ce sera 12€! On tombe des nues. Du coup on va voir ailleurs mais la plage étant assez exposée on a du mal à trouver un endroit tranquille. On se pose dans un coin et pour moins attirer l’attention on dort à la belle étoile, seulement au cours de la nuit cette dernière se cache derrière les nuages et c’est la pluie qui nous réveille! On se réfugie sous un abri, on est au sec mais un âne a laissé du crottin partout… Sale nuit.

Une dernière épreuve avant de vraiment changer de continent, entrer dans Istanbul et ce n’est pas une mince affaire ! La ville s’étend sur des dizaines de kilomètres et n’est pas du tout adapté au vélo ! Il nous faudra plus d’une journée pour atteindre le centre ville, heureusement nous étions à 4. On se sent un peu moins minuscule face au flot de véhicules qui nous double. Le combat a été rudement mené mais en fin d’après-midi on arrive finalement chez Orestis et Heleni, 2 Grecs que Dylan et Auriane ont rencontré à Athènes qui nous accueillent chaleureusement chez eux.

Ça y est l’Europe est derrière moi et l’Asie commence de l’autre côté du Bosphore…

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