Turquie belles rencontres et grandes montagnes

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Après cette courte pause cappadocienne, je repars en direction de la Géorgie avec dans l’idée d’avancer un peu plus vite pour éviter d’arriver en Iran en plein ramadan qui sera entre le 6 juin et le 6 juillet. Eh oui, le voyage sans contrainte est, à bien des égards, un leurre et il faut savoir composer avec les durées de visas, les saisons et même les jeûnes religieux.

Pour accélérer l’allure, je m’essaie au camion-stop, comme le stop classique mais pour emmener Zephyros avec moi il faut la benne d’un pickup ou d’un camion. Ça fonctionne plus ou moins et j’arrive assez vite à la prochaine grande ville Kayseri. De là j’ai choisi de prendre un train pour m’éviter une zone de plateaux cultivés sans grand intérêt. Le train fait la liaison entre Ankara et Kars, ville à la frontière avec l’Arménie, plus de 24h de trajet au total ! Je ne ferai que 9h de train de nuit pour rejoindre Kemah, petite ville perdue au creux des montagnes. À mon réveil le train sillonne une belle vallée aride quasi-inhabitée. Fraîchement débarqué je continue de la remonter à vélo. Direction Erzincan où je suis accueilli en Warmshower par Turgay et Mohamed, étudiants ingénieur ici. Ils habitent dans ces nouveaux immeubles de 4-5 étages tous identiques. En arrivant dans ces quartiers on se croirait dans une ville des Sims! On se déchausse avant d’entrer, tous les appartements ont donc une ribambelle de chaussures devant leur porte. On discute un peu mais je suis fatigué et vais me coucher tôt. Ils refusent catégoriquement que je dorme sur le canapé, Mohamed me cède son lit et va dormir dans le salon.

Le lendemain c’est reparti, l’objectif de la journée est un col à 2400m, ça s’annonce costaud et effectivement ça n’a pas manqué ! La première partie jusqu’à 2100m se passe sur une route asphaltée sans aucun souci mais c’est après que ça se corse ! Juste après le dernier village, la belle route se transforme en une piste boueuse impraticable. La boue colle aux pneus et vient s’agglutiner entre ceux-ci et le cadre empêchant complètement les roues de tourner. Zephyros ne roule plus et c’est un problème. Là il y a 2 solutions, soit on accepte l’échec, on fait demi-tour et on prend une route plus simple, soit, comme moi, on est (un peu) têtu et on porte sacoches et vélo jusqu’au col. Il ne reste que quelques kilomètres pour y arriver mais ce sera bien plus épuisant que les 1000 premiers mètres de dénivelé ! Je fais donc un premier aller pour porter 25kg de bagages puis je reviens chercher Zephyros, le tout en marchant sur une piste boueuse à 10%, le bonheur ! Juste avant le coucher du soleil j’atteins finalement le col, c’est la délivrance ! Je suis exténué, et décide de dormir là. Dans les derniers lacets j’ai vu des empreintes qui ressemblait drôlement à des pattes d’ours mais je n’ai absolument plus de force pour redescendre surtout que la piste après le col est dans le même état. Je fais fondre de la neige pour avoir de l’eau et laisse la nourriture en dehors de la tente comme ça en cas de visite nocturne, je ne devrais pas être embêté.

Finalement la nuit a été paisible et je peux attaquer la descente, il a gelé durant la nuit et la piste est plus praticable, heureusement ! J’en termine avec la boue après une dizaine de kilomètres de descente. C’était épuisant mais quelle fierté d’avoir réussi à passer ce col !

Les jours suivants je vais descendre vers la mer Noire en parcourant une longue et sinueuse vallée. Décor imprenable alternant entre roche multicolore et forêt luxuriante. J’ai envie de m’arrêter une journée et prendre le temps d’aller marcher dans ces belles montagnes. Alors que je suis invité à déjeuner sur ma route chez une famille turque je leur demande où je peux aller randonner et il se trouve que leur fils Bilgehan, la trentaine, a un chalet dans la montagne où il emmènent les touristes l’été. En discutant avec lui, il me propose spontanément de m’emmener marcher, super ! On part donc en milieu d’après-midi en direction de son chalet mais ce que je n’avais pas compris c’est qu’il y avait quand même 1000m de dénivelé à faire pour le rejoindre ! Avec déjà une demi journée vélo dans les pattes, on arrive à la nuit tombée et je suis épuisé ! Enfin les massifs alentours sont magnifiques, ça  valait la peine de venir jusqu’ici ! En redescendant le lendemain je propose à Bilgehan de l’aider pour le remercier du temps qu’il a pris pour moi mais non il n’a besoin de rien. C’est incroyable, il a pris une journée entière pour m’accompagner en montagne et aller dormir dans son chalet sans même me connaître. Je suis à la fois très touché par une telle générosité et gêné de rien pouvoir lui offrir en retour. J’imagine qu’une manière de “remercier” ces gens qui m’ont tant donné sur ma route sera d’en faire autant à mon retour en France…

Les Turcs sont vraiment très accueillant et j’ai pu le constater jusqu’à ma dernière nuit chez eux. Ne trouvant pas de coin tranquille pour planter ma tente je demande à une famille en bord de route si je peux planter la tente dans le jardin, “bien sûr sans problème!”, à les entendre on dirait que c’est tellement évident que la question ne mérite même pas d’être posée ! Alors que je commence à cuisiner l’homme vient me voir l’air un peu dépité: “Mais pourquoi tu cuisines ? Tu devais venir manger avec nous !” Euh et comment j’étais sensé le savoir exactement ??? J’ai finalement mangé mon repas seul et je suis allé prendre le thé avec eux, qui a fait office de deuxième repas avec tout le fromage, les noisettes, le miel servi avec ! Et le tout maison bien sûr !

J’ai passé 6 semaines incroyable en Turquie. Les routes n’ont pas toujours été des plus faciles mais les super rencontres que j’ai pu faire me laisseront un souvenir merveilleux de ce pays.

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