La traversée du toit du monde

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Onze mois après mon départ de France, me voilà au pied d’un massif mythique de la route de la soie, le Pamir ! Culminant à plus de 7000m, il est à juste titre surnommé le toit du monde. Mes amis viennent de rentrer en France, je suis à Khorog dernière ville sur ma route avant plus de 500km de montagnes sauvages et désolées. Ne sachant pas ce que je trouverai sur ma route, j’ai fait des grosses provisions, j’ai environ 10kg de nourriture avec moi, c’est la première fois que je suis aussi chargé ! Il existe plusieurs itinéraires pour traverser le Pamir j’ai fait le choix de prendre le moins fréquenté et probablement le plus ardu, la vallée du Bartang. Si c’est pour partir à l’aventure autant ne pas faire les choses a moitié ! 

On m’avait prévenu “the road is really bad!”, et effectivement j’ai pu le constater par moi même ! Pistes défoncées, parfois sur du sable parfois sur des pierriers impraticables, passages à gué et côtes à 20%… mais quelle récompense aussi ! Des paysages à couper le souffle tous les jours, montagnes escarpées, sommets enneigés et rivières torrentielles. Magique! 

Je suis parti seul mais quelques jours plus tard j’ai été rattrapé par Marc, un anglais parti lui aussi d’Europe. C’était cool de pouvoir partager ces moments intenses avec quelqu’un. Avec lui j’ai passé la plus large rivière à gué qui a même réussi à me faire chuter avec la force du courant. Heureusement qu’on profite d’un bon soleil ce jour-là, la rivière nous glace les orteils et on doit faire plusieurs aller-retour pour porter toutes les sacoches et le vélo! 

Contrairement à d’autres endroits reculés, les gens sont éduqués et un bon nombre parlent anglais (en plus de leur langue natale, le pamiri, le tadjik et le russe ! ). Ils ont accès à des cours de langues gratuits à l’université de Khorog et beaucoup en profitent durant l’hiver. Avec Marc on est d’ailleurs hébergé chez un professeur d’anglais. 

On traverse régulièrement des ponts sommaires faits de câbles et de planches en bois – sans rambarde bien sûr – et c’est sur l’un d’eux que je vais me faire une jolie frayeur. Le pont en question ressemble au autres, sauf que l’accès est un peu raide sur celui-là mais je m’en préoccupe pas trop, je me mets en petite vitesse et je grimpe. Sauf que, arrivé sur le pont, je n’ai presque plus de vitesse, je commence à perdre l’équilibre ! J’essaie de déclipser mes cales mais c’est déjà trop tard je commence à basculer par-dessus le pont ! Heureusement pour moi, mon vélo se prend dans les poutres de soutènement et moi j’arrive à m’accrocher à un câble mais je suis quand même suspendu 3m au dessus de la rivière avec la roue avant de mon vélo qui a déjà basculée ! Marc est juste derrière moi et en quelques secondes il arrive pour m’aider à m’extirper ce joyeux pétrin. Il tient le vélo et j’arrive à remonter sur le pont puis en enlevant le sacoches avant on arrive à récupérer Zephyros ! Ouf ! Au final plus de peur que de mal, j’ai juste perdu ma gourde qui a basculé dans la rivière et déchiré ma sacoche de guidon et mon t-shirt !  Bien peu de choses en comparaison de ce qui aurait pu m’arriver si j’avais réellement basculé dans la rivière !

Le soir même je retrouve Jens et Conny, 2 allemands que je côtoie depuis Téhéran et avec qui j’ai plusieurs fois roulé. C’est cette nuit-là que  mon corps a décidé de tomber malade, probablement une intoxication alimentaire même si je ne me souviens pas d’avoir mangé d’aliment vraiment douteux… 24h alité dans ma tente heureusement que je ne suis pas seul ce jour-là. Marc décide de nous quitter le lendemain pour aller faire un trek et c’est au tour de Conny de tomber malade, on restera donc 24h de plus à notre campement!

On passe la barre des 3000m, la verdure commence à se faire rare, le paysage devient de plus en plus minéral. Une dernière côte bien raide – 400m de dénivelé en 3km, du 13% de moyenne donc ! – et nous voilà arrivé sur le plateau pamiri! Ici le pied des montagnes est à 3700m et les sommets dépassent facilement les 5000m voir les 6000m… C’est grandiose! Les conditions deviennent par contre de plus en plus difficile, un vent fort souffle presque en permanence, la nuit la température descend en dessous de 0°C et j’ai plusieurs fois eu un peu de neige sur la tente au réveil. Ces décors se méritent ! :) 

Au bord du lac de Karakul, un sommet facile culmine à 5000m, je profite d’une belle journée pour monter au sommet. Panorama à 360° sur les alentours, j’en prends plein les yeux !

Après 200km sans un village, j’arrive à Karakul où je peux me ravitailler un peu avant de passer les 2 derniers cols à plus de 4000m, le dernier faisant office de frontière avec le Kirghizstan. Beaucoup de vent de face sur la fin, ça devient vraiment épuisant. 

Ça y est le dernier col est passé, maintenant 1000m descente pour rejoindre Sary Tash où je prendrai le temps de me reposer une journée avant de poursuivre ma route vers la Chine.

One thought on “La traversée du toit du monde

  1. Ma gourde quoi ! Heureusement qu’elle était biodégradable finalement.

    Beau récit, dommage qu’on ait pas vu la suite de cette vallée :)

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